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LE FEMINISME EST LA FACE CACHEE DE L'HUMANISME, interview d'Yvonne Yvonne Knibiehler, 06/03/2007 - Association [Les Papas = Les Mamans]

LE FEMINISME EST LA FACE CACHEE DE L’HUMANISME, interview d’Yvonne Yvonne Knibiehler, 06/03/2007

mercredi 5 septembre 2007
par Jérôme MESSINGUIRAL
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Un article court de la presse régionale communiste sur cette grande figure du féminisme. Les précisions apportées sur la maternité y sont particulièrement interressantes...

Toute sa vie, Yvonne Knibiehler, a refusé de choisir entre profession et maternité. Souvent contestée, cette figure du féminisme n’a jamais flanchée et livre à 85 ans un témoignage sans concession.

Sandrine Guidon pour La Marseillaise : Vous publiez Qui gardera les enfants ? chez Calmann-Lévy. Après des années de lutte, cet ouvrage est-il une revanche ?

Yvonne Knibiehler : Le mot serait beaucoup trop brutal. Je suis rassurée. J’ai été souvent contestée par les féministes parce que j’attachais trop d’importance à la maternité mais aussi par les bonnes mères de famille qui n’admettaient pas que je sois féministe. Et donc si j’ai été contente de faire le point, c’est parce que j’ai constaté que les jeunes générations évoluent plutôt dans mon sens.

S.G : Une position qui n’a pas été facile de défendre au cœur des années 70 ?

Y.K : Dans le deuxième sexe, Simone de Beauvoir présentait la maternité comme une aliénation. Les féministes n’ont retenu que ce mot. Je n’ai jamais accepté cette idée parce que j’avais beaucoup joui de mes trois enfants. Et puis, Simone de Beauvoir ramenait la maternité vers l’animalité. Mais, j’ai beau être une femelle mammifère, je ne suis pas une bête. Mes enfants ne sont pas des animaux. La maternité est culturelle. Elle m’est apparue comme la seule différence des sexes. Et c’est cela qui m’a menée à pousser mes investigations en direction de l’histoire des femmes et de la maternité.

S.G : De quelle façon ? Y.K : A l’Université de lettres, il y avait 70 % d’étudiantes et aucun enseignement ne concernait la différence des sexes. Quand j’ai voulu l’organiser, mes collègues ont trouvé la démarche ridicule arguant du fait que les femmes avaient la même histoire que les hommes. Ce que je ne conteste pas. Je suis citoyenne et je participe aux événements de l’histoire passée et du présent. Mais j’ai essayé de faire comprendre que cette différence conférait aux mères une part d’histoire que les hommes ne connaissaient pas. Pour finir, on m’a donné l’autorisation d’ouvrir une unité d’histoire de la famille, et j’ai créé un groupe d’études et de recherches qui joue encore un rôle important au sein de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme.

S.G : Vous retracez les grandes étapes du combat des femmes notamment dans le domaine politique. Comment expliquer que la candidature de Ségolène Royale suscite autant d’intérêt alors que d’autres femmes l’ont été avant elle ? Y.K : Un point mérite d’être souligné : ses quatre enfants sont élevés. Ségolène Royal a atteint un âge où elle peut prétendre au maximum parce qu’elle a accompli le devoir de reproduction. C’est un symbole fort qu’une femme ait pu oser être candidate en France, en position éligible. Mais de trois choses l’une : ou bien elle échoue piteusement et dans ce cas, il s’en suivra un désaveu de toutes les femmes. Deuxième possibilité : elle réussit. La partie serait alors fortement gagnée. Et troisièmement, elle échoue mais de très peu. La bataille sera enclenchée pas encore gagnée mais les chances seront accrues.

S.G : Certains considèrent le féminisme comme terminé... Y.K : Au contraire, il ne fait que commencer parce que le féminisme est la face cachée de l’humanisme. Mais l’humanisme n’évoque pas la sexuation. Or ce qui permet l’épanouissement d’un être humain masculin ne suffit pas toujours à l’épanouissement d’un être humain féminin : par conséquent, on ne peut dissoudre le féminisme dans l’humanisme. Comme l’a démontré l’anthropologue Françoise Héritier, depuis les origines de l’humanité, la domination masculine a fait surgir le féminisme. Cette domination s’explique par le fait que seules les femmes mettent au monde les enfants des deux sexes.Donc, si les hommes veulent se reproduire en tant que mâles, ils ne le peuvent qu’en passant par des femmes. Il y a là, à leurs yeux ou dans leur inconscient, une infériorité originelle, qu’ils ont besoin de compenser à tout prix. Et ils l’ont d’abord fait par le mariage. Actuellement, les relations de couple se négocient plus égalitairement. En revanche, la domination masculine s’est déplacée dans les domaines de la santé et du travail et se reconstruit sans cesse. C’est pourquoi, le féminisme doit être une vigilance de chaque jour.

S.G : Pour quelles raisons terminez-vous votre ouvrage sur Cécile, votre petite fille ? Y.K : J’ai essayé de montrer à quel point ma vie intellectuelle, ma profession et ma vie privée étaient liées. Un jour, un ami psychologue m’a dit : tu t’es attelée à l’histoire des femmes pour construire une passerelle entre ta vie privée et ta vie d’historienne. J’y consens. Et j’ai voulu montrer à partir de Cécile, ce qu’il y avait de commun et de différent. Cécile avait une profession. Son fils Abel a été gardé par une mère qui avait déjà un petit. Il n’a pas été délaissé, ni élevé comme fils unique ou fils aîné. Même si Cécile reconnaît que parfois, il est méchant parce qu’il la voudrait à son service. Mais les enfants doivent comprendre que leur mère n’est pas leur propriété. Dans le même temps, il faut répondre à leurs besoins et par conséquent aménager le travail féminin. Dès que l’on travaille, on devient un travailleur. Mais la paternité pèse beaucoup moins que la maternité.

S.G : Que représentent Abel et son petit frère qui va naître ? Y.K : La 5e génération. Je suis contente d’être devenue très vieille. Cela m’a permis de couvrir une longue durée et pour l’historienne que je suis, c’est très important. Moi qui ai très bien connu mes grands-mères, je vois grandir mes arrières petits enfants. Et en cela, je ne suis pas différente des autres femmes. Je suis heureuse de voir la maternité se perpétuer.

Propos recueillis par Sandrine GUIDON Photo Migué MARIOTTI


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