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Petit Bateau : la guerre des sexes aura-t-elle lieu ? - Association [Les Papas = Les Mamans]

Petit Bateau : la guerre des sexes aura-t-elle lieu ?

mardi 12 juillet 2011
par Jérôme MESSINGUIRAL
popularité : 11%

 

Mardi, la marque à la marinière a affolé la toile. En cause, deux bodys pour bébés aux motifs jugés sexistes. Une polémique qui renvoie au conditionnement des enfants.
Sélectionné et édité par Amandine Schmitt

Temps de lecture Temps de lecture : 4 minutes

Hier, la toile s’est affolée et le buzz s’est propagé, de Twitter à Facebook. L’objet du délit ? Deux modèles de bodys Petit Bateau jugés sexistes par certains internautes sur la Fan Page Facebook de la marque.

 

PetitBateau

 

Sur le modèle destinée aux petites filles, forcément rose, on peut y lire les qualificatifs "jolie, têtue, rigolote, douce, gourmande, coquette, amoureuse, mignonne, élégante, belle", sur celui destiné aux petits garçons "courageux, fier, fort, vaillant, robuste, rusé, habile, déterminé, espiègle, cool".

 

La révolte gronde sur Facebook


Une répartition des rôles dont l’archaïsme fait bondir certains internautes aux jugements sont sans appel : "je suis moi aussi déçue par votre marque que j’appréciais beaucoup. Je crois que les femmes de notre siècle prouvent qu’elles ne se résument pas a être belles, coquettes... merci de ne plus nous réduire a ces adjectifs qui nous assignent dans un rôle de potiche bonne à être regardée mais pas à agir !"

 

"Je suis entourée de jeunes parents, j’ai des cadeaux à faire, mais je n’achèterai aucune layette de votre marque tant que vous vendrez des vêtements qui incitent au sexisme. Les qualificatifs (…) que vous avez cru bon de ’sexuer’ ou genrer sur des vêtements pour bébés, couleurs rose et bleu à l’appui, ne devraient plus être attribués ni en fonction du sexe, ni de la couleur de peau ou de tout autre critère physique. Laissons les enfants libres de toute discrimination. Le courage, l’intelligence et la créativité n’ont pas de sexe !", affirme un autre.

 

"Je ne suis pas particulièrement féministe mais vraiment c’est pousser un peu loin le bouchon quand même ! Coup de gueule à vos designers et moi je n’achète plus rien de votre marque avant que vous ayez enlevé cela des rayons. Non mais !", s’indigne un autre utilisateur.

 

Un buzz qui profite indirectement à la marque puisque la page compte à ce jour plus de 58 000 fans et que Petit Bateau a fait partie hier des sujets les plus cités sur Twitter mais qui a conduit également à de nombreux débordements (blagues salaces, propos misogynes et interventions de trolls déchaînés) sans qu’aucune modération n’ait eu lieu.

 

Il n’est jamais trop tôt pour subir les préjugés


Mais pour autant, y a-t-il mort d’homme, pour reprendre l’expression d’un célèbre homme politique ? Certains internautes prennent la défense de la marque en avançant l’argument qu’un bébé est trop petit pour être influencé par des qualificatifs inscrits sur son body. Les études en la matière prouvent au contraire qu’il n’est jamais trop tôt pour subir les préjugés.

 

La littérature enfantine est à ce propos un moyen très efficace de reproduction et de transmission des clichés liés aux sexes. Une étude a ainsi démontré qu’il existe deux fois plus de héros que d’héroïnes et dix fois plus d’héros animaux que d’héroïnes animales !

Les stéréotypes également ont la vie dure : les femmes et les fillettes sont plus souvent représentées à l’intérieur qu’à l‘extérieur et dans des activités passives. A l’opposé, les hommes et les garçons sont davantage illustrés dehors que dedans, vaquant à des occupations actives.

 

Les conséquences de ces représentations sont nombreuses : "Pour les filles, le manque de modèles valorisants porte un coup à l’estime de soi et conditionne des comportements. Les stéréotypes de la littérature enfantine restreignent par exemple leurs choix professionnels : il leur est difficile de choisir un métier qu’elles n’ont jamais vu exercer par d’autres femmes. Les garçons sont également confinés dans un rôle rigide : ils auront plus de difficulté à choisir un métier dit "féminin", par peur des moqueries de l’entourage, des copains" explique Anne Daflon-Novelle, en charge de l’étude.

 

"Les enfants n’héritent pas des différences intellectuelles, ils les apprennent"


La neurologiste Lise Eliot va encore plus loin en affirmant "les enfants n’héritent pas des différences intellectuelles. Ils les apprennent. Ils sont le résultat de ce que nous attendons un garçon ou une fille". En répétant à l’envie que les filles sont plus douées pour le langage (alors que la différence n’est que de 3%) mais moins bonnes en maths, nous les conditionnons afin qu’il réalise ces prédictions. C’est ce qu’on appelle, en psychologie, "l’effet Pygmalion".

 

Une étude menée par la neurologiste est à ce titre très instructive : les scientifiques ont habillé des nouveau-nés garçons en fille et inversement. Les adultes ont alors trouvé les "garçons" (qui sont en fait des filles) plus souvent renfrognés ou irritables que ceux qui savaient que c’était en réalité des filles. Les "filles" (qui sont en fait des garçons) ont été décrites plus fréquemment comme "heureuses et socialement engagées" que par ceux qui savaient que c’était des garçons. Puisque les garçons sont jugés plus irritables et moins ouverts sur le monde, on sollicitera donc plus les filles, au travers du langage notamment. Et l’on encouragera davantage l’exercice physique et l’adresse des garçons.

Des études démontrent le pouvoir du conditionnement

 

Une autre étude menée par le CRNS a mis en évidence l’importance du conditionnement psychologique dans la réussite d’exercices mathématiques. Ainsi, lorsque l’on montre à une centaine d’élèves des tests de manière neutre (en affirmant qu’ils ne révèlent aucune différence entre les deux sexes), les femmes se montrent aussi performantes que les garçons.

En revanche, dès que l’exercice est identifié comme "géométrie", les filles produisent une performance inférieure à celle des garçons ! Le simple fait de croire que le test présenté implique des compétences en mathématiques suffit donc à faire baisser la performance des filles, et cela quel que soit leur niveau de performance dans ce domaine. En effet, même les filles, avec une moyenne supérieure à 14/20 en mathématiques, n’échappent pas à ce phénomène.

 

A la lumière de ces études, on comprend mieux le pouvoir du conditionnement et on saisit bien que dans cette affaire on est bien au-delà d’une simple affaire de chiffons.

 

Pour autant, Petit Bateau a réaffirmé sa position en postant ce message sans appel : "Nous constatons que certains clients ou certaines clientes réagissent suite à la diffusion d’une photographie représentant deux bodys Petit Bateau. Sachez que notre intention n’a jamais été de véhiculer un message sexiste. Ces produits, commercialisés en grande distribution, ne seront pas retirés du marché car nous n’y voyons aucune intention de nuire ou de projeter une image fausse de la femme."

 

Qui a dit dialogue de sourd ?

Auteur parrainé par Kabisu Kazadi

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