Les papas poules en mal de reconnaissance, La Croix, 06/01/2010

Entre le papa surprotecteur et le père moderne soucieux de laisser parler sa part féminine, la frontière est parfois floue. Les intéressés eux-mêmes ont du mal à s’y retrouver
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Lancé par l’animateur, un petit film surgit sur l’écran dans lequel les enfants de Michel Leeb, de jeunes adultes, le titillent joyeusement sur sa tendance à jouer les papas poules. Sourire un peu gêné, puis franc éclat de rire de l’intéressé qui ne peut qu’avouer… Interrogé par La Croix sur le sujet quelques jours plus tard, il aura cette phrase magnifique. « Papa poule ? Moi ? C’est vrai, mais surtout pour mes filles. Parce que mes garçons, ils font ce qu’ils veulent. » Voilà pour le papa poule assumé, sympathique, presque un personnage de comédie, qui fait sourire avec indulgence dans les familles. Ainsi, Jean-Pierre Nolet se fait gentiment secouer par sa femme à propos du petit dernier de 12 ans, que son père… materne. « Avec les deux aînés, dit-elle, c’était un père autoritaire, exigeant qui passait son temps à les embarquer dans des balades en VTT ou sur des terrains de foot. Mais avec le dernier c’est différent. Il surveille ses devoirs, s’inquiète de sa santé, c’est tout juste s’il le laisse sortir chercher du pain. » « D’abord, les dix ans d’écart entre les deux aînés et le dernier ont fait que j’ai… vieilli, justifie l’intéressé. Je n’ai plus tellement envie de courir la forêt avec Éric, d’autant qu’il a un tempérament beaucoup moins sportif que ses frères. Mais je crois aussi que j’ai envie de retarder le moment où il va se détacher de moi. Avec les deux autres, je n’ai rien vu venir. Éric va avoir 12 ans et je vis avec lui les derniers instants où je peux aller l’embrasser dans son lit, le prendre contre moi au cinéma sans qu’il me repousse. » |
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Des papas pas très sérieux ? La faute à une certaine imagerie véhiculée par les films
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« J’assume entièrement l’éducation de ma fille ; du coup à la maison c’est moi qui fais les courses, le ménage, le repassage. Mais je déteste le terme de papa poule, pour moi péjoratif. Quand on le prononce, on pense forcément à un gars gentil, un peu asexué, en manque de maternité, bref un type pas viril. C’est vrai, j’ai un besoin de tendresse, de câlins et j’aime m’occuper de ma maison, mais je n’ai pas pour autant l’impression de ne pas jouer mon rôle de père. D’ailleurs, si je fais du shopping avec ma grande fille, cela ne m’empêche pas de bricoler la moto ou de jouer au foot avec mon fils quand il est là. J’ai souvent l’impression d’être un ovni. Avec les personnes que je ne connais pas, les femmes en particulier, je me garde bien de raconter ma vie. J’assume ce que je suis, mais j’attends d’être en confiance avec les gens pour me livrer. » La faute à une certaine imagerie véhiculée par nombre de films qui ont donné à ces papas câlins la réputation de types pas très sérieux ? André Rauch, historien spécialiste du masculin-féminin et auteur d’un passionnant essai sur l’histoire de la paternité (1), situe l’affaire en 1980, avec la sortie du célèbre Kramer contre Kramer, où on voit Dustin Hoffmann en père inconséquent et divorcé de la très organisée Merryl Streep : « Après 1968, on a commencé à s’intéresser de près au rôle du père et à lui chercher une définition moins classique, rappelle l’historien. Une dizaine d’années après, ce film, suivi par beaucoup d’autres, a dévoyé ce que certains considéraient comme un progrès ». D’une certaine manière, la société traditionnelle s’est vengée en inventant ce père irresponsable, la télévision française emboîtant le pas avec une série intitulée Les Papas poules, puis le cinéma a suivi en 1985 avec l’inénarrable Trois hommes et un couffin, où le plus « poule » des trois compères chargés du bébé, incarné par Michel Boujenah, est un dessinateur de BD peu porté sur le boulot et pas très heureux dans ses conquêtes féminines. Bref, très loin du modèle traditionnel de la… masculinité. |
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Les hommes assument aujourd’hui 40 % tâches parentales
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