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COMMISSION EUROPEENNE, Participation de LPLM au projet "genderwise" : le rôle des hommes comme agents de changements dans l'égalité des chances entre les hommes et les femmes - Association [Les Papas = Les Mamans]

COMMISSION EUROPEENNE, Participation de LPLM au projet "genderwise" : le rôle des hommes comme agents de changements dans l’égalité des chances entre les hommes et les femmes

samedi 27 mai 2006
par Administration
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Compte rendu de la journée de regroupement du 7 avril 2006 GIF - 3.2 ko INTRODUCTION AU DEBAT par Cécile SUFFREN, (ACCEDO)

CONTEXTE DE CONSTRUCTION DU PROJET

En matière d’égalité entre femmes et hommes, la politique communautaire a constitué un levier efficace pour faire évoluer les politiques nationales (voir le site Internet de la Commission européenne sur l’Égalité des chances entre les femmes et les hommes ) :

 En fournissant des bases juridiques : GIF - 2.9 ko - Traité de Rome (1957), qui pose le principe de l’égalité de rémunération...
-  Traité d’Amsterdam (1997), qui érige l’égalité entre les femmes et les hommes au rang de droit fondamental
-  La Charte des droits fondamentaux de l’UE (2000) consacre le principe de l’égalité dans tous les domaines
-  La cour de justice des communautés européennes fournit une jurisprudence abondante et importante en matière d’égalité, a défini notamment le cadre juridique de la discrimination directe et indirecte à raison du sexe, et aidé les victimes en aménageant la charge de la preuve
-  Depuis les années 70, 13 directives communautaires ont posé les bases d’un changement des comportements et des pratiques (égalité de traitement dans l’emploi, définition de la discrimination t du harcèlement sexuel)

 Certains conseils européens ont intégré des décisions relatives à l’égalité dans leurs conclusions :

-  Le Conseil européen de Lisbonne (2000) a fixé comme objectif un taux d’emploi des femmes de 60 % ou plus en 2010.
-  Le Conseil européen de Nice (2001) a adopté un agenda social pour 5 ans qui définit l’égalité comme une priorité d’action (accès des femmes à la prise de décision)
-  Le Conseil européen de Barcelone (2002) a prescrit des objectifs chiffrés pour l’accueil des jeunes enfants pour 2010
-  Les Conseils européens de Bruxelles (2004 et 2005) ont reçu deux rapports sur l’égalité des chances : des progrès mais encore beaucoup d’efforts concernant le marché du travail et les personnes issues de l’immigration

 En mettant à disposition des outils d’intervention :

Programmation cadre, programmations du Fonds Social Européen, Programme DAPHNÉ ...

Le projet Genderwise s’est construit sur la notion de genre. Le terme genre est utilisé pour cerner les rôles sexuels. Il inclut les valeurs et les attitudes qu’une communauté ou une société juge comme appropriées à un sexe ou l’autre. Tandis que le sexe renvoie à un déterminisme biologique (physique, chromosome, organes génitaux), le genre, lui, est une construction sociale qui renvoie à la société et à la culture. Il résulte du processus de socialisation qui assigne des rôles différents aux hommes et aux femmes, au niveau de la production et des responsabilités. Ce sont les gens qui définissent certaines caractéristiques comme étant féminines ou masculines. Les différences de genre peuvent donc changer dans le temps et selon les cultures. Le concept de genre permet l’analyse des rôles, des responsabilités et des besoins des femmes et des hommes de façon dynamique, selon leur champ d’activités variés et le contexte social dans lequel ils évoluent.

LES OBJECTIFS DU PROJET

 Constituer des groupes locaux de réflexion au niveau de chacune des structures partenaires du projet  Établir et disséminer les états des lieux des groupes locaux sur les modalités de prise en compte de cette thématique

 Organiser 3 séminaires transnationaux  Promouvoir l’échange de pratiques entre les délégations transnationales

 Créer et développer un site Internet  Capitaliser et communiquer sur les pratiques existantes

LES THEMATIQUES DU PROJET

 Éducation et socialisation

 Le monde du travail et de l’entreprise

 Le partage des tâches domestiques

QUESTION TRANSVERSALE, OUVERTURE :

Aujourd’hui, quels sont les constats, expériences et perspectives que vous pouvez mettre en évidence  sur l’égalité des chances entre les hommes et les femmes ?  sur le rôle des hommes comme agents de changement et de promotion de l’égalité ?

PRESENTATION, ECHANGES ET DEBATS DES PARTICIPANTS

Gérard RÉVÉREND est démissionnaire du bureau national de l’association nationale SOS PAPA et de son action locale de terrain pour cette association.

Actuellement, M. Révérend fonde une autre association [LES PAPAS = LES MAMANS] qui représentera une plateforme inter-associative d’informations et de débats sur les thématiques de genre et de parentalité tout en développant les avantages d’une généralisation de la coparentalité effective et de ses avantages pour la construction harmonieuse des enfants et comme vecteur clé de l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.

[LES PAPAS = LES MAMANS] proposera également un service d’accompagnement et d’orientation aux familles lors des séparations et notamment aux différentes difficultés que peuvent rencontrer les personnes en situation de monoparentalité (50 % de couples sont séparés dans les grandes agglomérations).

La nouvelle association bénéficie d’un financement issu de concerts caritatifs de l’association « L’amour parfait » et du chanteur français : Cali.

Lionel NARI est conducteur receveur à la Régie Départementale des Transports des Bouches du Rhône (RDT 13) depuis 10 ans ainsi que délégué syndical de la Confédération Générale du Travail, dont le bureau est constitué de 17 élus du personnel. De par sa fonction, Lionel NARI travaille sur la thématique de l’égalité des chances, notamment lors des Négociations Annuelles Obligatoires (NAO). Enfin, il s’occupe également de l’équipe de football masculine de la RDT 13.

Philippe SERMET est directeur des ressources humaines à la Régie Départementale des Transports des Bouches du Rhône (RDT 13), société dans laquelle il exerce depuis 30 ans. Sa fonction est de veiller à l’équilibre social en conciliant en continu les intérêts des salariés et de l’employeur. Un des centres d’intérêts professionnels de Philippe SERMET réside dans la mise en œuvre de dispositifs et d’actions de réinsertion. En effet, la RDT 13 développe un processus d’insertion des publics les plus en difficulté, en proposant aux bénéficiaires du Revenu Minimum d’Insertion d’accéder, dans un premier temps, au poste d’agent d’accueil puis, dans un deuxième temps, de se qualifier en passant le permis de transport en commun et d’être embauché en Contrat à Durée Indéterminée en tant que conducteur.

Nassim KHELLADI est directeur du Centre Social et Culturel La Castellane. La cité abrite 6 500 habitants, répartis dans 1 249 logements. Au total, plus de 20 communautés cohabitent sur ce territoire, dont 48 % des habitants ont aujourd’hui moins de 20 ans. Compte tenu du taux de chômage (54,2 % de la population active et 44 % des jeunes) sur la cité de La Castellane, des difficultés et de la précarité qui touchent l’ensemble des habitants dans leur parcours professionnel, l’action d’insertion menée par le centre social s’est particulièrement développée depuis ces dernières années et concerne aujourd’hui tous les publics.

Nassim KHELLADI présente les différents pôles d’activités du Centre Social :

-  Service de proximité : accueil et permanence de partenaires dans différents domaines comme l’emploi, les services sociaux, les logeurs...
-  Insertion et Formation : insertion, accès au logement, actions citoyennes ...
-  Sports : plus de 500 adhérents répartis dans 11 sections sportives
-  Culture : un metteur en scène propose des ateliers d’écriture, des ateliers vidéo et met en image les manifestations culturelles organisées par le Centre Social, comme par exemple la semaine mondiale des auteurs vivants de théâtre
-  Multimédia : l’Espace Multimédia, créé en 2000 grâce au soutien de M. Zinédine Zidane, n’a cessé de se développer au cours des dernières années, au point d’être aujourd’hui labellisé ERIC (Espace Régional Internet Citoyen)
-  Petite enfance et famille : centre aéré, halte garderie, ludothèque, permanence Protection Maternelle et Infantile (PMI), maison de l’escapade

Bernadette CREST est coordinatrice à l’Association des Crèches d’Aix en Provence qui regroupe un siège social et 25 structures d’accueil de la petite enfance. Cette association gère actuellement environ 450 salariés et accueille 1 250 familles par semaine. Bernadette CREST est puéricultrice de formation et possède une expérience de responsable d’établissement. Son rôle aujourd’hui est d’assurer une mission transversale de coordination et d’harmonisation des pratiques au sein des 25 établissements de l’association.

Christine RUE est chargée de mission au Groupement Régional pour l’Action et l’Information des Femmes (GRAIF), association régionale créée en 1975 à l’initiative du Conseil Régional de Provence Alpes Côte d’Azur.

Le GRAIF a pour missions de :

 Connaître et faire connaître la situation des femmes de la région Provence Alpes Côte d’Azur,  Favoriser les relations entre les élu-e-s et les différents réseaux associatifs et institutionnels de la région, afin de promouvoir et de mettre en œuvre des actions en réponse aux besoins exprimés,  Susciter, réaliser ou soutenir des initiatives améliorant la vie des femmes,  Constituer un relais d’information entre les pouvoirs publics, les associations et le public.

Philippe GUY est chef d’une entreprise artisanale de peinture en bâtiment et occupe par ailleurs des activités de représentation dans le domaine de la politique professionnelle. En effet, Philippe GUY est président de la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) du département des Alpes de Haute Provence, la CAPEB représentant l’un des trois membres fondateurs de l’Union Professionnelle Artisanale (UPA).

L’entreprise que dirige Philippe GUY est constituée de 6 personnes, qui sont toutes entrées en contrat d’apprentissage dans l’entreprise, pour devenir aujourd’hui des compagnons hautement qualifiés :

-  un manosquin de 40 ans fils d’un ancien supplétif de l’armée française
-  deux hommes de 35 et 47 ans ayant la double nationalité française / marocaine
-  3 apprentis dont une jeune femme de 23 ans.

Pour Philippe GUY, les métiers artisanaux sont asexués, la question regarde plutôt le travail nécessaire et mutuel d’adaptation.

François SENTIS est directeur général de l’Institut Régional du Travail Social de Provence Alpes Côte d’Azur et Corse (IRTS PACAC), qui assure les formations des travailleurs sociaux, allant du diplôme d’auxiliaire de vie sociale au master spécialisé préparant aux fonctions de direction générale.

En terme d’égalité des chances, l’IRTS PACAC aujourd’hui rencontre des difficultés de recrutement des publics masculins. Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs, comme l’effet de sélection (surtout pour les diplômes d’éducateurs de jeunes enfants et d’assistant social) : pour 630 candidats, il y a 30 postes. Aussi, il apparaît dans les oraux de sélection que les femmes sont davantage déterminées et font preuve d’opiniâtreté face à la tâche.

En terme de rémunération, la convention collective 66 protège des écarts entre les hommes et les femmes et de ce fait, il n’y a pas de distinction. Selon François SENTIS, le manque de public masculin dans le travail social est une réalité (les employeurs demandent sans cesse des hommes ...) qui renvoie à une question d’identité au travail.

Dès le processus de socialisation, des distinctions fondamentales s’opèrent. Par exemple, les mères couvrent les bêtises de leurs garçons alors que les filles sont plutôt dans une relation de rivalité avec leur mère. D’ailleurs, les troubles du comportement apparaissent beaucoup plus tôt chez les jeunes garçons que chez les jeunes filles.

En terme de constats, on peut également mettre en évidence que plus les niveaux de qualification sont faibles, plus les filières sont féminisées.

Exemples concernant des cursus de formation :

-  Aide médico-psychologique : 80 % de filles
-  Educateur de jeunes enfants : 90 % de filles
-  Educateur spécialisé : 60 % de garçons ?
-  Directeur d’établissement ou de service d’intervention sociale : 50 % de garçons
-  Master « Management des structures d’action sociale : sur 18 étudiants de la promotion actuelle, il y a 16 garçons.

A l’IRTS, la répartition sexuée des salariés est telle que sur les 30 formateurs, il y a seulement 4 hommes et que le personnel administratif est féminin à 100 %. Les directeurs de centres régionaux sont tous des hommes, à l’exception de la région de Strasbourg.

Sylvie BRIONE est responsable du Bureau d’Accompagnement Individualisé à l’Emploi (BAIE) du Centre d’Information sur les Droits des Femmes des Bouches du Rhône. (CIDF Phocéen). Il existe 117 CIDF en France, regroupés au sein du CNIDF. Les CIDF représentent les outils de terrain agréés du Ministère délégué à la Cohésion Sociale et à de la Parité.

Les missions développées par le CIDF Phocéen sont variées :

-  Permanences juridiques sur des zones en difficulté,
-  Bureau Régional de Ressources Juridiques Internationales (BRRJI), qui est un service d’appui en Droit International Privé, à destination des associations, organismes publics ou privés
-  Information et orientation des publics et des structures. Le CIDF peut réaliser sur commande dans ce cadre des dossiers documentaires sur différentes thématiques.

Sylvie BRIONE est responsable du projet « Mixité des Orientations » au sein du CIDF Phocéen. Ce projet consiste à mener des actions expérimentales auprès des publics jeunes. Par exemple, elle développe actuellement avec des élèves du Collège Mallarmé de Marseille une action qui vise à valoriser la mixité des métiers. Dans ce cadre, les élèves produisent un support (photo, vidéo ...) permettant de passer un messages à leurs pairs.

Le constat principal sur lequel se base cette action est que les filles s’orientent seulement vers 5 ou 6 secteurs professionnels sur les 36 existants. Alors que les filles auraient leur « place » dans d’autres secteurs, elles ne s’y dirigent pas. Ce constat peut être lu de manière similaire pour les garçons. Ainsi il apparaît qu’un certain nombre de facteurs sociologiques, culturels, économiques et médiatiques restreignent et appauvrissent la vision des jeunes quant à leur orientation.

En collaboration avec la Cité des Métiers, Sylvie BRIONE travaille actuellement à la formalisation de fiches intitulées « Oser le métier de ... », dans lesquelles sont présentés des parcours de professionnels : un homme sage femme, une fille artisan dans le bâtiment ...

Avec la Mission Locale d’Aubagne, une action est menée avec un réseau d’entreprises qui favorise l’intégration des filles dans certaines filières.

Christine RUE précise qu’il est important de souligner ici que les hommes qui font des choix vus comme ‘atypiques’ souffrent autant de discriminations que les femmes ...

Pour illustrer ce propos, Bernadette CREST fait partager au groupe une expérience qu’elle a rencontrée en tant que directrice d’établissement. Alors que la plupart des agents d’entretien dans les établissements petite enfance sont des femmes, il se trouvait que dans cet établissement, ce poste était occupé par un homme, ce qui a interpellé et établi une relation de méfiance de la part des parents et du médecin intervenant dans l’établissement.

Sylvie BRIONE ajoute que si l’on accepte les qualificatifs positifs de type « les filles sont davantage consciencieuses », on accepte aussi les autres, qui eux, présentent des jugements négatifs. Tout ce processus englobe le système de représentation ... la solution est alors de parler en terme de compétences.

François SENTIS questionne le fait que le taux de féminisation de certaines filières représente dans un certain sens un indice de précarité. Par exemple, le métier d’Aide Médico-Psychologique, féminisé à 80 %, propose des conditions de travail (week-end, nuits ...) assez difficiles et reste à ce jour peu valorisé au niveau du salaire. Quand on connaît la répartition des tâches domestiques et les charges qui reviennent aux femmes, on comprend mieux pourquoi le turn-over au niveau des établissements est important et que les problématiques d’absentéisme et de remplacement sont très fréquentes ...

Ainsi, au-delà des représentations, le travail sur la problématique de l’articulation des temps de vie apparaît comme essentiel.

Philippe SERMET ajoute que cette problématique regarde un changement de culture et de mentalité. Cependant, comment cette évolution peut-elle s’amorcer si les postes à responsabilité ne sont détenus que par les hommes ? Comment envisager l’égalité si le pouvoir n’est pas partagé dans la société économique et institutionnelle ?

Gérard RÉVÉREND fait part de l’évolution du rôle des hommes dans la société, du fait que les pères d’aujourd’hui apparaissaient clairement plus impliqués et plus disponibles que leurs propres pères. Malheureusement, peu de statistiques ou d’études ne mettent en évidence et surtout en valeur ce phénomène des « nouveaux pères »... La co parentalité effective , en cas de séparation ou non , est un élément clé en faveur de l’égalité des chances entre les hommes et le femmes , du partage des taches domestiques et éducatives et d’une assurance de bonne estime de soi de enfants , garante d’un effondrement des risques psychiques et sociaux à l’adolescence et à l’age adulte , comme un consensus des spécialistes l’indique .

Sylvie BRIONE confirme ce propos et son intérêt pour cette question, le CIDF Phocéen a d’ailleurs organisé un colloque durant lequel la question de la place des hommes dans la société a été développée. Mais, comme le disait Monsieur SERMET, Sylvie BRIONE met en évidence que le pouvoir institutionnel et politique est aujourd’hui détenu par une majorité d’hommes... Lors de ce colloque organisé par le CIDF, Sylvie BRIONE raconte qu’en conclusion, un participant avait fait une intervention marquante : « En effet, la question de la place des hommes dans la société et dans l’approche genrée est intéressante, cependant, une chose ne changera jamais : nous sommes élevés par des mères ... »

François SENTIS précise qu’il est difficile de ne pas tomber dans l’opposition idéologique. En effet, lorsque l’on est dans une société qui prévaut la notion d’employabilité, il faut se questionner sur les modalités de recrutement ... aux critères de hiérarchisation... aux convenances d’employabilité... faut-il alors parler d’employabilité des genres ! ?

Il faut également se questionner sur ce qu’on fait aujourd’hui de l’inemployable, de l’incasable, de l’enfant difficile qui va d’institutions en institutions, des « patates chaudes » ... surtout dans une société qui prône la jouissance et la consommation ...

A ce propos, François SENTIS fait état d’un phénomène en recrudescence dont il a été question lors d’un séminaire de l’école de la Cause Freudienne auquel il a assisté : les professionnels de la santé font le constat du retour d’un symptôme ancien (XIXème siècle) qui est celui de la mort des femmes en couche. Ce phénomène illustre bien la problématique de dénouement social de notre société contemporaine ainsi que l’isolement et la précarité qui en sont les conséquences...

En effet, les modèles de la famille sont en crise, les pères et les mères en crise identitaire ... Sylvie BRIONE rappelle à ce propos l’évolution positive du contexte juridique, dans lequel le terme de « chef de famille » a été remplacé par celui de « responsables de famille ».

Nassim KHELLADI confirme cette notion d’évolution en expliquant que les pères sont de plus en plus présents dans l’accompagnement des enfants, notamment à la halte garderie ou dans les activités sportives. En effet, les mères travaillent de plus en plus et la distribution des rôles dans la famille s’élargit, notamment au niveau des nouvelles générations. Les filles s’impliquent davantage dans la vie associative, une évolution est également notable dans ce domaine. Le Centre Social a également constaté une augmentation des séparations, et là il faut se poser la question de la place qui est donnée aux pères ... on peut également faire état de stéréotypes dans la conception dominante des modes de garde.

Gérard RÉVÉREND appuie ce constat en précisant que les conditions de travail peuvent représenter un facteur d’exclusion supplémentaire pour une place éducative laissée aux pères après séparation, avec la difficulté à se formater alors aux très rigides droits de visite et d’hébergement. Des mesures en faveur de l’accroissement des aménagement des horaires seraient bienvenues. La précarisation galopante aggrave de façon massive cette situation, d’autant que la séparation entraîne de nombreux frais (judiciaires, nouveau logement et aménagement, pensions alimentaires, conservation la plupart du temps de crédit communs sans jouissance de biens à renouveler ...) sans aucune aide sociale au parent non gardien. Les facteurs économiques sont un des éléments parmi les plus délétères dans les difficulté à maintenir un lien parental. Les séparations sont une véritable trappe à précarité.

Lionel NARI fait état de son expérience personnelle en donnant l’exemple de sa maman, qui a toujours travaillé dans l’entreprise familiale et qui aujourd’hui se retrouve avec une pension de retraite dérisoire...Il est difficile d’envisager qu’un homme s’arrête de travailler pour élever ses enfants d’autant plus lorsque c’est lui qui assure la majorité des revenus de la famille ...

Christine RUE confirme ce propos en expliquant que les pensions de retraite représentent aujourd’hui encore un domaine inégalitaire entre les hommes et les femmes ...

Philippe GUY présente la réforme actuelle du statut du conjoint chef d’entreprise, en cours dans le secteur du bâtiment. En effet, dans un grand nombre d’entreprises artisanales (850 000 en France), le conjoint participe à l’activité de l’entreprise. Pour que cette contribution soit reconnue et qu’elle débouche sur un certain nombre de prérogatives juridiques et de droits sociaux, différents statuts ont été mis en place : le conjoint collaborateur, le conjoint salarié et le conjoint associé.

Sylvie BRIONE élargit ce propos en rappelant que la procédure de Validation des Acquis de l’Expérience représente également un moyen pour reconnaître l’expérience ‘informelle’ des individus. Pour information, les femmes accèdent de plus en plus à ce dispositif et parfois sur des métiers représentés comme ‘masculins’ : boucher, boulanger ... Il est d’ailleurs essentiel de souligner ici l’évolution en terme de genre qu’il reste à mettre en œuvre concernant la terminologie des métiers - les fiches du Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois (ROME) de l’ANPE en font état...

Revenant à la dimension familiale, Gérard RÉVÉREND présente quelques chiffres concernant les tendances des modes de garde dans les couples séparés : dans 90 % des cas, la garde est confiée à la mère, en dehors des 10 % de garde en résidence alternée (dont 80 % des familles par choix et 20 % par imposition judiciaire ).

Il y a une fracture entre ces taux et les pratiques familiales actuelles . On voit mal comment parler autrement que d’exclusion parentale de masse , fortement sexuée qui plus est .

Actuellement, un projet de loi voudrait limiter le mode de garde alternée à partir du moment où les enfants ont 6 ans seulement, ce qui met encore en évidence le peu de place que la société laisse aux rôles que peuvent jouer les pères, surtout lorsque l’on sait que 30 % des enfants ne voient plus du tout le parent non gardien au bout de deux ans de séparation ...

Ce projet est soutenu par des mouvances pédo psychiatriques qui prônent implicitement une sacralisation maternelle, si lourde à porter pour les femmes et dénoncée de longue date par les mouvements de femmes, comme contraire à une évolution positive de l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.

Par ailleurs, les tendances d’opposition au partage de la garde s’arc boutent sur une vision psychanalytique réductrice, alors que les travaux expérimentaux convergents et fiables démontrent sur le fond que la compétence parentale ne dépend pas du sexe Dans les cas ou le parent non gardien est une mère. On retrouve les mêmes problématiques et facteurs d’exclusion et de précarisation, aggravés par la représentation particulièrement péjorative de « mauvais mère ». Il convient de traiter l’exclusion parentale quelque que soit son sex-ratio.

Il se dessine un mouvement associatif mixte pour lutter contre ces drames.

Les membres fondateurs de l’association [LES PAPAS = LES MAMANS] ont été parmi les initiateurs de ce mouvement mixte .

CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES

Pour Philippe GUY, les meilleurs ambassadeurs des expériences sont ceux qui les vivent. Dans ce sens, les femmes doivent être actrices de la parité, transmettre l’exemplarité de leurs pratiques. Philippe GUY propose pour cela qu’une prochaine rencontre soit organisée avec des jeunes filles et garçons ayant développé des expériences ‘atypiques’.

Philippe SERMET constate qu’à la Régie Départementale des Transports, sur 200 conducteurs, il y a 42 conductrices. Comme il l’a dit précédemment, le changement pourra s’amorcer lorsque les postes de pouvoir et de décision seront tenus par davantage de femmes ... Aussi, le travail sur l’articulation des temps de vie est essentiel.

Lionel NARI confirme l’idée ‘positive’ selon laquelle une évolution est en cours, les nouvelles générations ont un modèle familial et une vision de la répartition des tâches plus égalitaire, même si il y a encore beaucoup de progrès à faire, cette évolution des mentalités est effective ...

Nassim KHELLADI met en perspective cette remarque en disant que le rôle des travailleurs sociaux sera alors de préparer et d’accompagner ces nouvelles générations dans ces évolutions.

Pour Sylvie BRIONE, la notion d’égalité des chances est assez difficile à prôner car il ne faut pas se leurrer, les chances ne seront jamais les mêmes pour tout le monde. Cependant, ce qu’il faut continuer de défendre, c’est l’égalité concernant l’accès au droit, au soin, à l’emploi etc....

Christine RUE confirme que la question du rôle des hommes dans la société est relativement nouvelle et encore peu travaillée. Aussi, si aujourd’hui les femmes ont du mal à lâcher le pouvoir qu’elles ont dans le cadre de l’éducation et des modes de garde, c’est parce que ce domaine représentait le seul espace qu’elles pouvaient et qu’on leur laissait investir il n’y a pas encore assez longtemps que ça ...

En terme de perspective, Gérard RÉVÉREND souligne que le phénomène des nouvelles générations et des nouveaux pères met en évidence qu’un travail de communication sur la co parentalité effective en période de périnatalité apparaît comme essentiel pour soutenir la croissance de l’investissement paternel précoce et du partage corollaire des taches et de l’éducation. Le congé de paternité doit être soutenu activement et allongé ainsi que le travail à temps partiel masculin ; cela suppose des intentions et des moyens efficaces ...

Aussi, un travail sur la sémantique est à engager et à approfondir, nous parlons encore aujourd’hui d’école maternelle , à l’inverse de nos voisins ( kinder garten par exemple) ; les appellations , surtout officielles , étant support d’exclusion.... Enfin, le taux de féminisation des métiers de la justice est à questionner ... cela représente aussi un espace de pouvoir que les femmes ont investi : 80 % de femmes à l’Ecole de la Magistrature et 95 % de juges femmes aux affaires familiales.

Il semble aller de même pour les avocat-e-s spécialisé-e-s en droit des personnes, qui captent l’essentiel des affaires de séparations. Ceci, ajouté aux chiffres nationaux de mode de garde après séparation entraîne des sentiments quasi systématiques de sous citoyenneté et de sexisme subi par les pères qui subissent l’exclusion parentale par des décisions judiciaires.

Ces éléments sont des facteurs contre incitatifs à une image positive de la co parentalité , contre symboliques de l’égalité des chances entre les hommes et les femmes et augmentent de manière navrante le risque de tension genrée, Ils ont une influence majeure sur le taux de mono parentalité dont les difficultés sont bien connues.

Sur la thématique de l’éducation et de la socialisation, François SENTIS fait le lien avec les modèles éducatifs et les attributions des rôles sociaux développés dans le monde rural et dans le monde urbain. En effet, dans le monde rural, la femme contribue encore à l’entreprise familiale et la dimension du tragique (les scènes représentant la mort ou la souffrance comme les lapins qu’on dépèce ...) est envisagée, présente dans les rapports sociaux. Dans le monde urbain, il y a une séparation des rôles sociaux, qui sont complètement atomisés ... la dimension du tragique et de la mort est étouffée, cachée ... on limite cette conception à une injonction de jouissance, d’employabilité.

D’ailleurs, lorsque l’homme est pris dans l’employabilité, il ne voit pas la mort... et c’est comme ça qu’il fait un infarctus quand il se retrouve à la retraite, à devoir gérer son temps libre et se projeter vers ce qui attend tous les hommes, la mort... L’alternance, l’interstice sont les lieux du processus éducationnel... la société contemporaine et la ville ne laissent pas d’espace libre... Alors que dans le processus d’éducation, il est essentiel d’envisager le réel avant le symbolique...

Il est aussi important de noter que le patrimoine symbolique autour de la mort et du deuil est différemment envisagé et transmis selon les cultures et les modes de société.

En conclusion, la femme a toujours représenté symboliquement le passage de la vie alors que l’homme était celui qui portait la robe (médecin, homme de droit et religieux) et donc qui avait à faire avec la mort.

Aujourd’hui, du fait de l’atomisation des rôles sociaux, la femme est prise dans un continuum, elle doit faire avec la vie mais aussi avec la mort ...

Et l’on peut se demander si, finalement, le déficit de notre modèle occidental ne résiderait pas dans le fait que les hommes ne savent plus porter le tragique ...


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