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Une nouvelle politique familiale très volontariste en Allemagne, La Croix, 17.09.09 - Association [Les Papas = Les Mamans]

Une nouvelle politique familiale très volontariste en Allemagne, La Croix, 17.09.09

samedi 7 novembre 2009
par Loïc BRUNET
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Les mesures prises par le gouvernement Merkel pour les familles n’ont pas encore relancé la natalité, mais elles sont appréciées par les jeunes couples, qui font évoluer en douceur les modèles traditionnels.

NDLR de LPLM : L’allemagne expérimente une nouvelle politique familiale nataliste qui fait l’apologie de la mère au foyer, du coût de l’enfant, du manque de place en crèche... on ne parle pas encore de valorisation du père au foyer, on ne parle du père que pour dire qu’ils sont prêt de 2% à prendre un congé paternité...la route est encore longue outre Rhin, espérons concomitament que l’avance de nos compatriotes français ne va pas fondre comme neige au soleil ;

Les berges du Rhin sont un lieu idéal de promenade à Cologne. Offrant une vue unique sur les deux flèches noires de la cathédrale de la cité rhénane, tranquilles et dégagées, elles voient circuler passants et cyclistes. C’est ici que Lise, 31 ans, promène son fils de 20 mois.

Debout sur son tricycle, Jonas, solidement casqué, tire la langue aux passants. Un petit roi pour sa mère qui a cessé de travailler - elle est bibliothécaire - à l’occasion de sa naissance. « J’en suis heureuse, explique la jeune femme. Et puis, je n’ai pas besoin de travailler, mon mari a un bon boulot. »

Lise soutient « à 100 % » la politique familiale d’Angela Merkel, qui vise à permettre à plus de femmes de concilier maternité et travail. Mais elle n’a pas envie, pour sa part, de quitter son foyer et son fils. « Je n’y suis pas obligée, s’excuse presque la jeune femme. Si, dans un an ou deux, nous voulions un autre enfant, à quoi bon reprendre un travail pour le quitter à nouveau ? Pour moi, pour Jonas et pour mon mari, ce ne serait pas une bonne solution. »

"L’enfant doit être un enrichissement, pas un problème"

Emblématique des Allemandes d’aujourd’hui, Lise est pour le changement, mais ne souhaite pas l’expérimenter elle-même. En Allemagne, un large consensus existe sur le principe qu’un jeune enfant doit être élevé par sa maman. Les mères qui travaillent se voient encore traitées de Rabenmutter (marâtre). Aussi, les deux tiers de celles qui ont un bébé de moins de 3 ans et 39 % des mères d’enfants de moins de 14 ans sont au foyer, selon l’institut DIW.

Le taux de travail féminin allemand est le plus bas d’Europe, et la natalité aussi : en moyenne 1,38 enfant par femme, contre 2 en France, selon Eurostat. Beaucoup d’Allemandes ont renoncé à être mères pour mener leur vie professionnelle : environ 40 % des plus de 40 ans diplômées de l’enseignement supérieur n’ont pas d’enfants, à l’instar de la chancelière, contre 24 % en France.

« L’enfant doit être un enrichissement, pas un problème. » Tel est le credo d’Ursula von der Leyen, ministre chrétienne-démocrate (CDU) de la famille du gouvernement d’Angela Merkel - considérée comme un phénomène dans son pays avec ses sept enfants. Elle a lancé un train de mesures volontaristes il y a deux ans.

La loi de 2007 a instauré un congé parental rémunéré de douze mois pour l’un des parents et de deux mois pour l’autre. Développement des crèches, déductions d’impôts, allongement de la journée d’école pour permettre aux deux parents de travailler, l’Allemagne n’a pas lésiné sur les moyens.

Seul un bébé sur sept a une place en crèche

En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, par exemple, « le nombre de places en crèche pour les moins de 3 ans est passé de 11 800 berceaux en 2005 à 44 800 en 2008, et l’objectif est d’atteindre 144 000 en 2013 », souligne Michael Mertens, responsable du département de la jeunesse et des écoles à la LVR (Landschafts Verband Rheinland), l’autorité régionale de Rhénanie.

« Le coût est énorme, ajoute Ria Clever, qui est en charge de la petite enfance à la LVR. Jusqu’ici, nous accueillions tous les enfants à partir de 3 ans, comme l’exige la loi, il s’agit désormais de pouvoir offrir une place à ceux de 2 ans à l’horizon 2013. C’est un vrai changement de perspective pour les parents. »

En effet, si les deux tiers des bébés suédois et le tiers des Français peuvent avoir une place en crèche, seul un bébé sur sept a cette possibilité en Allemagne. « Le volume total des dépenses liées au soutien financier des familles est assez comparable en France et en Allemagne », constate l’économiste Angela Greulich, dans une étude de La Documentation française. « Les enfants coûtent cher »

La nouvelle politique familiale a bien démarré. Un père allemand sur dix a pris un congé de paternité la première année, ils sont deux sur dix en 2009 à le faire. Un mini baby-boom a même eu lieu en 2007 avec 690 000 naissances. Mais l’euphorie est retombée, avec un recul inexpliqué de 1,1 % des naissances en 2008.

Comment comprendre que la politique familiale ne parvienne pas à prendre son envol ? Simone, 30 ans, institutrice à Cologne, est d’avis que « les enfants coûtent cher ». D’autres mettent l’accent sur le côté « tyrannique » des crèches allemandes.

C’est le cas d’Agnieszka, Polonaise habitant à Cologne, dont les deux fillettes ont pu bénéficier d’une place dans l’Europäischer Kindergarten, qui pratique la flexibilité des horaires. « Ici, tout est organisé pour les mères et leurs enfants. Mais dans la crèche allemande traditionnelle où j’avais pris des renseignements, j’avais une fenêtre de tir pour déposer les filles entre 8 h 30 et 9 heures, et je devais impérativement les reprendre entre 14 h 30 et 14 h 45 ! », déplore Agnieszka. La génération d’après-guerre a dû choisir

Karen Van Eeden est la directrice de ce jardin d’enfants pas comme les autres, qui accueille 80 enfants de 4 mois à 6 ans. Elle se réjouit de voir changer les jeunes couples. « Les jeunes femmes ressentent beaucoup moins de culpabilité quand elles laissent leur enfant, même s’il arrive très souvent que leurs mères, grands-mères ou tantes leur en fassent le reproche. »

La génération d’après-guerre a dû choisir : une vie professionnelle, ou le modèle des trois K, Kinder, Küche, Kirche (enfants, cuisine, église). Les Allemandes de 30 ans, elles, veulent concilier les deux, comme les Suédoises, les Finlandaises et les Françaises. Selon une enquête récente de l’Institut social de recherche de Berlin, 78 % d’entre elles souhaitent « pouvoir prendre leurs responsabilités au travail et en famille », c’est-à-dire ajouter Karriere aux trois K traditionnels.

Toutes ne le feront pas. Beaucoup se réjouissent toujours de s’occuper des enfants à plein-temps. « L’Allemagne est le seul pays que je connaisse où les mères au foyer sont épanouies, où on ne les accuse pas de ne rien faire, et où on les valorise pour ce qu’elles sont, raconte Nadine, une mère belge vivant à Cologne. Ce serait dommage que cela disparaisse. » Au moins les mères ont-elles, désormais, une plus grande liberté de faire ce choix, ou d’expérimenter les nouvelles possibilités de la politique familiale allemande.

Nathalie LACUBE, à Cologne



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