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Enquête : Famille - Faut-il réhabiliter l'autorité ?, France soir 10/11/08 - Association [Les Papas = Les Mamans]

Enquête : Famille - Faut-il réhabiliter l’autorité ?, France soir 10/11/08

dimanche 23 novembre 2008
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La France fête aujourd’hui le centenaire de Françoise Dolto. Si une majorité de pédiatres continuent de s’inspirer des travaux de la célèbre psychanalyste, d’autres, parmi lesquels Aldo Naouri, s’oppose farouchement à ses dogmes et prônent le retour à l’autorité, à la sévérité.

« Dès que les parents ont appris à leurs enfants à parler et à marcher, ils leur ordonnent aussitôt de se taire et de rester assis », déclarait Françoise Dolto. Celle qui a convaincu la génération 68 de reconsidérer la place de l’enfant dans la famille, et plus largement dans la société, l’affirmait haut et fort : « Le bébé est une personne. » Il n’existe pas de hiérarchie entre adulte et nouveau-né, si ce n’est une relation de dépendance pendant les premières années de la vie. Ils sont égaux.

Les héritiers de Dolto sont nombreux à relayer cette pensée. Et ont utilisé ses travaux pour poursuivre à leur tour ce grand chantier pédopsychanalitique. Parmi eux, Edvige Antier, également adepte des conseils distillés sur les ondes radiophoniques, a repris le flambeau, l’adaptant à son expérience propre.

En dépit de l’héritage de cette grande psychanalyste, prêtant le flanc tantôt à l’adhésion tantôt à la controverse, il y a l’avant et l’après Dolto. Indéniablement. Elle a marqué le début d’une ère. Il est intéressant qu’il soit contesté, bousculé, digéré, adapté. Il est devenu matière vivante.

Dès 1938, Françoise Dolto explore un monde longtemps ignoré. Elle démontre le rôle fondamental de l’enfance dans le développement de l’individu. Partant d’un postulat d’égalité entre adulte et enfant, elle considère ce dernier comme un « analysant à part entière ». Elle démontre la communication d’un nouveau-né avec son entourage, bien avant l’acquisition du véritable « langage ». Elle accorde une importance capitale et déterminante à la parole entre un parent et son petit. Elle a eu foi en ses découvertes, en dépit des fortes oppositions auxquelles elle devait faire face. Pour Dolto, « le seul péché est de ne pas se risquer pour vivre son désir » dans L’Evangile au risque de la psychanalyse. Ce voyage exploratoire dans le monde de l’enfance fut le sien. Entier, authentique, ardu, difficile, il a ouvert une voie, toujours explorée aujourd’hui par les « nouveaux Dolto ». Farouchement contestée par ces opposants les plus virulents, dont Aldo Naouri.

Eduquez-les en fasciste

Les détracteurs accusent Dolto d’avoir fait de l’enfant un roi indétrônable, où les dégâts sur la personnalité profonde du petit seraient bien pires que ces bienfaits. Que nenni ! répondent les autres, arguant que la lecture de Dolto ait pu être mal faite, mal interprétée. Avocate de la psychanalyste, la pédiatre Edwige Antier, explique que « si l’on n’a pas voulu lui répondre (NDLR : à l’enfant), si on l’a laissé pleurer, si l’on a refusé de l’entendre et de le comprendre dans ces trois premières années au prétexte qu’il risquait de devenir un enfant-roi, alors il va devenir un tyran par la suite ».

Point de vue défendu dans le livre Faut-il être plus sévère avec nos enfants ?, qui vient de paraître aux éditions Mordicus, et dans lequel elle oppose son point de vue face à Aldo Naouri. Lui, préconise une approche contraire de l’éducation : « Elevez-le en fasciste, vous en ferez un démocrate, élevez-le en démocrate, vous en ferez un fasciste, c’est-à-dire un être persuadé que sa toute-puissance est fondée, ce qui est évidemment faux. » Les parents n’ont maintenant qu’à choisir leur camp...

Pour Aldo Naouri, « il faut l’exercer sans états d’âme »

« Au cours de ma carrière, j’ai pu voir l’autorité parentale finir par se déliter ». Or, l l’autorité « va donner à l’enfant une très grande sécurité personnelle. [...] Lorsque l’enfant « a au-dessus de lui des parents qui prennent des décisions sans état d’âme, il sait que quelqu’un pilote l’avion, qu’il est en sécurité ».

Pour lui, il faut l’exercer « sans états d’âme ». Propos très bien démontré dans le livre Faut-il être plus sévère avec nos enfants ?. Aldo Naouri soutient également la justesse d’une relation verticale dans la famille, avec une hiérarchie clairement établie. « Il est fondamental de toujours placer l’enfant dans la sécurité qu’offre la relation verticale, quelle que soit la personne qui exerce l’autorité sur lui ».

Bref, pour lui, autorité équivaut à sécuriser l’enfant. Mais il tient à souligner qu’il est « foncièrement contre la fessée et tous les châtiments corporels, même la tape sur la main » [...] Ce « n’est pas un moyen efficace de se faire comprendre par son enfant ».

A lire, à regarder...

Un livre : Génération Dolto, de Didier Pleux

Voici un livre qui ose remettre en cause l’héritage de Françoise Dolto. Il reconnaît, certes, tout ce que l’on doit à l’immense psychanalyste dont le centenaire de la naissance est dignement célébré cette année. D’ailleurs, aujourd’hui, déclare l’auteur, docteur en psychologie du développement, psychologue clinicien, psychothérapeute, qui dirige l’Institut français de thérapie cognitive, que l’on connaisse ou non ses théories sur l’enfant, « on fait sans le savoir du Dolto ».

Mais enfin, en 2008, où en sommes-nous ? Où en sont les enfants ? Où en sont les parents ? Quelles sont les conséquences de ces théories sur l’éducation des uns, des autres, et sur l’univers éducatif en général ? Désormais, nous n’avons plus affaire aux enfants « inhibés » d’il y a plusieurs décennies ; quant aux parents, ils n’osent plus se montrer exigeants avec leur progéniture. Ils fuient les situations conflictuelles.

C’est le règne des « enfants-rois » qui peuvent peu à peu devenir des « enfants tyrans ». Françoise Dolto n’est-elle pas aussi à l’origine de ces difficultés, notamment pour avoir contribué à imposer des principes qui ne répondent plus aux besoins des enfants d’aujourd’hui ? Nul doute, pour l’auteur, que pour bien éduquer nos enfants, les aimer et les écouter ne suffit plus ! Il nous faut réapprendre notre rôle. C’est le prix à payer pour les rendre plus forts et plus heureux.

Génération Dolto, aux éditions Odile Jacob, 251 pages, 22,90 euros.

Un DVD : Françoise Dolto et La Neuville

Projeté pour la première fois, il y a dix ans, à l’Unesco, Françoise Dolto & La Neuville, inédit en DVD à ce jour, devient, avec le temps, un film précieux à plus d’un titre. Il conte l’histoire encore peu connue de la relation privilégiée de la psychanalyste avec La Neuville. Cette école et ces personnes, elle les soutiendra jusqu’à son dernier souffle, comme l’a écrit Catherine Dolto.

Dans le second DVD, on trouve une conversation inédite entre Françoise Dolto, Fabienne d’Ortoli et Michel Amram dans laquelle elle énonce les éléments essentiels de la réussite neuvilloise. Ce document est complété par un témoignage de ces derniers, fondateurs de l’école avec Pascal Lemaître, sur la façon dont ils ont travaillé avec leur marraine mais aussi dont ils ont pu tirer les enseignements de ce travail pour le reconduire, selon d’autres modalités, avec Michel Plon, psychanalyste, qui collabore avec l’équipe de la Neuville depuis la disparition de Françoise Dolto.

En vente chez les disquaires et les libraires, 25,99 euros.

Une émission : Série documentaires sur France 5

France Télévisions consacre une série de documentaires à la psychanalyste. Le premier sera diffusé le mardi 11, le 18 novembre et le 25 novembre à 21 h 40, sur France 5.

Edition France Soir du lundi 10 novembre 2008 n°19949 page 2



Viriginie Belle, le lundi 10 novembre 2008

Source francesoir.fr


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